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Un petit jeu qui me plait beaucoup, vu dans un téléfilm à l'instant : le strip-culture.
On pose des colles et si on ne trouve pas la réponse, on enlève un vêtement.
Il ne me reste plus qu'à trouver quelqu'une qui accepterait de jouer avec moi.
L'idéal, ce serait une amie qui viendrait me rendre visite à chaque fois qu'il pleut.
On attendrait tous les deux que la pluie cesse, en philosophant sur l'existence, en silence, en regardant la pluie tomber dans mon jardin, sous la couette devant un vieux film, ou en écoutant de la musique, dans le noir.
Parfois, il pleuvrait toute la nuit.
Quatre ans de célibat.
Qui dit mieux ?
J'ai un gros problème. Je m'en amusait auparavant, mais ça finit par m'apparaître un peu moins drôle finalement.
En fait, les deux seules filles qui ont bien voulu de moi, pendant un puis huit ans, sont toutes les deux des jumelles. Leurs dites soeurs ayant d'ailleurs le même prénom, Julie. Et la seconde, Laura, ayant failli porter le même prénom que la première, Camille.
J'ai bien l'impression que ma solitude a encore de belles nuits devant elle.
Jusqu'à ce que je croise une jeune femme ayant une soeur jumelle, probablement prénommée Julie, qui me trouverait à peu près à son goût, qui serait célibataire, qui ferait en sorte que je sois informé de ses intentions, parce que moi c'est mort, je ne tente plus jamais rien, je suis redevenu aussi timidement maladif qu'à l'adolescence, et de toute façon ça ne servirait à rien je ne sais plus du tout - si je l'ai jamais su - comment on s'y prend avec une fille.
Quelqu'une qui accepterait et ne se lasserait pas de ma situation et ma médiocrité au bout de deux jours quoi.
Et qui me plairait aussi, tant qu'à faire. Je ne sais même plus ce que ça fait d'être amoureux. Faut se forcer et insister, même quand ça ne marche pas, ou se laisser aller et laisser faire, que les choses se tissent et se dénouent d'elles-mêmes ?
Bon, pas gagné cette histoire...
Je ne vis pas ma vie. Handicapé de ma vie. Je le sais. Et je m'en accommode.
Et aujourd'hui j'en ai eu une preuve encore plus flagrante. Et quelque peu amère.
Comme j'arrive un peu à sortir, et que j'en ai de plus en plus envie, j'ai proposé à mon ami d'aller faire un tour en ville, rive droite.
Envie de changer un peu de l'habitude, d'aller voir les lieux que j'aime, où je passais ma vie avant.
Donc, je me suis retrouvé là-bas, où je devrais vivre, dans ma vraie vie, la fausse, celle que je ne vis pas.
La ville d'à côté, tout près. Ma vie de côté. Ma vie rêvée.
Celle que je vivrais peut-être si je n'étais pas englué dans ma fausse vie inutile depuis des années.
On a arpenté les ruelles des quartiers que j'aime, et j'ai retrouvé cette ambiance de ma vie passée.
Des lieux où je me sens chez moi, mais où je ne peux pas aller aussi souvent que je le voudrais.
Des lieux que je dessine en ce moment toutes les nuits, dans mon nouveau petit projet.
Il y avait des sons, des couleurs, une ambiance, des vitrines, des boutiques, tous ces changements.
Toute cette foule, toute cette vie, toutes ces filles, toute cette ville, qui vibrent sans moi.
Du parfum plein les yeux. J'étais bien, comme si je revoyais une femme que j'avais aimée.
Puis nous avons échoué dans un petit café. Et là, par je ne sais quelle circonstance du hasard, elle était là.
Une jeune fille sublime aux yeux bleus magiques, que je croisais souvent avant, au hasard des bars.
Il y avait un petit jeu de regards entre nous, à l'époque, mais je pense qu'elle ne m'a pas reconnu.
Mais il y avait surtout une résonance étrange avec ce que j'écris en ce moment. Mes nouvelles.
Des rencontres. Des retrouvailles. Et le parfum de la ville, un soir d'automne.
J'ai donc savouré ces quelques instants en terrain connu, mais trop lointaine.
J'avais besoin souffler un peu, de respirer cet air familier, pour m'inspirer de nouvelles idées.
Mais j'ai eu l'impression de voir trop de ce que je voudrais voir, trop de ce que je voudrais vivre, trop de ce que je voudrais être, trop de ce que je ne suis pas.
Je ne vis plus que dans mes souvenirs, par procuration, dans ce passé que je ne rattraperai jamais.
Je suis à la limite capable de dessiner et d'écrire ce que je ne vivrai jamais, mais pas de le vivre vraiment.
Je devrais être libre de vivre comme je le souhaite, dans ces ruelles, avec une demoiselle qui m'aime.
Mais le fait de me retrouver là, dans ces lieux familiers, me prouvait à que point je n'étais pas à ma place.
Alors, je suis rentré dans mon petit appartement, et j'ai encore laissé ma vie derrière moi.
En espérant la rejoindre un jour...
C'est chiant le célibat.
Je ne peux même pas être infidèle.
J'aimerais bien savoir ce que ça fait.
Nous échangeâmes quelques banalités de circonstance pendant encore quelques minutes. Je me gardais bien de lui avouer que je la connaissais et l'admirais depuis ses débuts. Nous discutions comme deux parfaits étrangers qui cherchent à en apprendre un peu sur l'autre. Au fond de moi-même, je me plaisais à croire que je lui plaisais un peu. Elle me dit qu'elle adorait le jazz, plutôt un jazz joyeux et harmonieux, et les chanteuses. Puis je dû rejoindre la scène et reprendre le concert pour la dernière partie. Elle m'encouragea, avec son superbe sourire, en me souhaitant de bien jouer. Dès que je pris ma guitare, je me rendis compte que nous n'avions rien convenu après ce trop court instant, et je me mis à redouter qu'elle s'en aille avant la fin, que je ne puisse pas la retrouver, qu'elle s'en aille à tout jamais. Je jouais donc avec un fond d'appréhension, quelque peu déconcentré par cette apparition inattendue et divinement déstabilisante.
Je crois que je n'ai jamais joué avec autant de hâte mêlée à autant de joie de jouer une musique pour quelqu'un de précis dans le public. Les morceaux s'enchainaient et je n'avais qu'une idée en tête : achever ce concert et reprendre ma conversation avec elle. J'étais aussi particulièrement intimidé en songeant qu'en plus de m'écouter, elle était peut-être en train de me scruter. Elle était venue me parler. Peut-être ne me quittait-elle pas des yeux une seule seconde ? Cette hypothèse me terrifiait tout autant qu'elle me galvanisait. Mais finalement, quoi de plus naturel lors d'une rencontre que de pouvoir un peu rééquilibrer les choses : j'avais vu sans doute tous ses films, et elle avait l'occasion de voir le peu de choses que je sais faire en ce monde.
Vint enfin le moment de conclure le concert, lors du rappel, avec une de mes compositions, où j'avais une large plage solo finale. Je me lâchais et donnais le meilleur de moi-même, en ayant l'impression de lui faire l'offrande cet instant musical. J'étais dans une sorte de transe, où mon humeur flattée, mon cerveau à l'écoute et mon corps focalisé sur l'instrument me transportaient dans un autre monde, un moment hors du temps, que je lui dédiais, sans qu'elle le sache. Mais peut-être s'en doutait-elle de son côté. Bref, malgré la passion que je mettais dans l'interprétation de ce dernier titre, je n'étais définitivement plus dans le concert depuis sa reprise, mais bel et bien dans un rêve où trônait la figure de cette femme irréelle et sublime que j'admirais depuis des années, et qui venait de faire un pas vers moi.
Je descendais de scène et me mis à ranger mon matériel. Je pus enfin jeter de brefs coups d'oeil discrets dans la salle et constater qu'elle était toujours là, assise à une table avec quelques amis. Je ne savais pas si je devais aller les voir ou non, et ma timidité me porta plutôt à n'en rien faire. Quelques personnes venaient me féliciter pour le concert. Quelques amis, mais aussi des inconnus. L'un d'eux, avec qui je discutais un peu seul à seul, me glissa soudain : « Bérénice serait très heureuse que tu vienne à sa table ». Je compris aussitôt la démarche : elle avait envoyé un messager pour me signifier que je ne lui déplaisais pas totalement. Il n'en fallait pas davantage pour me motiver. Je pris mon verre et l'accompagnait vers leur groupe d'amis. Mon petit coeur avait cent fois plus le trac que lorsque je jouais ma musique : j'allais, avec un peu de chance, découvrir un bonheur inattendu...
Toujours pas de demoiselle qui voudrait peu ou prou de ma petite personne vulnérable.
Ca fait longtemps que je n'ai pas serré une jeune femme dans mes bras, et ce serait mentir que de dire que ça ne me manque ni ne me travaille quelque peu...
Pour l'heure, le sein latent vainc